Il y a des gestes du quotidien qu’on accomplit sans y penser, matin après matin, et qui pourtant disent beaucoup de notre rapport à nous-mêmes. Se parfumer, se protéger, prendre soin de nos aisselles est un petit geste de la toilette et souvent l’un des premiers de la journée. Et c’est précisément parce qu’il est quotidien qu’il mérite qu’on s’y attarde.
L’été arrive, la chaleur s’installe, et avec elle une question que finalement peu d’entre nous se pose : comment sentir bon sans perturber la fonction naturelle du corps à transpirer ?
Commençons par déconstruire une idée reçue, tenace comme une mauvaise habitude : Non, la transpiration n’a pas d’odeur ! C’est un fluide presque pur, composé d’eau et de sels minéraux, que notre corps produit pour une raison essentielle : réguler sa température. Suer, c’est respirer par la peau, c’est éliminer, c’est un signe de vie.
Mais alors, qu’est ce qui sent fort sous les bras ? En réalité, ce sont les bactéries cutanées qui colonisent l’humidité de notre transpiration et qui se décomposent. L’odeur naît de cette rencontre, mais pas de la sueur elle-même.
Cette nuance change tout. Cela signifie qu’on peut agir sur l’odeur sans bloquer le mécanisme naturel. Or, les antitranspirants conventionnels, à base de sels d’aluminium, obstruent les pores et empêchent la sécrétion. Voilà une stratégie radicale qui ignore complètement une fonction physiologique ! La naturopathe que je suis, vous invite à une autre voie : accompagner le corps plutôt que le contraindre.
Parlons d’abord de ce qu’on doit éviter. Lire une étiquette de déodorant conventionnel, c’est souvent affronter une liste de noms imprononçables, et ce n’est pas un hasard si on s’y perd ! Voici donc ci-dessous, ce que la recherche a établi à ce jour :
Les sels d’aluminium (chlorhydrate d’aluminium, aluminium zirconium…) restent le sujet le plus débattu. Soyons honnêtes sur l’état de la science : aucune étude n’a établi de lien de causalité prouvé entre ces sels et le cancer du sein ou la maladie d’Alzheimer, et l’OMS comme plusieurs agences sanitaires n’ont pas confirmé ce risque à ce jour. Ce qui est en revanche bien documenté, c’est leur fonction : ils agissent en obstruant mécaniquement les pores pour empêcher la sécrétion de sueur. Même sans toxicité prouvée, bloquer une fonction d’élimination du corps interroge, et plusieurs toxicologues, par principe de précaution, recommandent de réserver les antitranspirants aux occasions exceptionnelles plutôt qu’à un usage quotidien.
Le triclosan, lui, fait l’objet d’un consensus scientifique plus net : c’est un perturbateur endocrinien reconnu, irritant pour la peau, et plus de 200 scientifiques ont demandé son interdiction internationale dès 2017. Il agit en interférant avec le fonctionnement hormonal, la thyroïde notamment, et persiste dans l’environnement après usage.
Les phtalates, souvent dissimulés sous la simple mention « parfum » sur l’étiquette (la loi n’oblige pas à les détailler), sont également suspectés de perturber le système hormonal. C’est l’opacité de cette mention qui pose problème : impossible de savoir, en tant que consommateur-trice, ce qu’elle recouvre réellement.
Les parabènes à longue chaîne (propylparabène, butylparabène) utilisés comme conservateurs sont eux aussi répertoriés comme perturbateurs endocriniens par plusieurs agences de santé européennes.
Le point commun de toutes ces substances n’est pas seulement leur action individuelle, mais ce qu’on appelle l’effet cocktail : on n’est jamais exposé à une seule molécule, mais à l’accumulation de dizaines de substances présentes dans l’ensemble de nos cosmétiques du quotidien. Une étude de l’université Grenoble Alpes (UGA) a montré qu’il suffit de cinq jours de réduction des cosmétiques conventionnels pour faire chuter de près de 40 % la concentration de perturbateurs endocriniens mesurée dans les urines, la preuve la plus concrète que ce que nous appliquons sur la peau ne reste pas à la surface.
Tout le monde n’a pas le temps, l’envie ou les moyens de fabriquer son propre déodorant, et ce n’est pas une obligation pour respecter son corps. Voici donc le minimum à retenir lorsqu’on achète des produits en magasin.
Le triclosan (souvent visible tel quel sur l’étiquette).
Les parabènes (trucparaben), particulièrement propylparaben et butylparaben.
Les phtalates, repérables seulement en creusant : fuir les produits où « parfum » est le seul ingrédient odorant mentionné sans aucune autre précision.
Et tout produit en aérosol utilisé quotidiennement, car l’inhalation répétée des sels d’aluminium présente un risque pulmonaire documenté, contrairement à l’application cutanée.
Avant d’acheter, retourner l’emballage et lire la liste INCI (International Nomenclature of Cosmetic Ingredients) c’est à dire la liste officielle et obligatoire des ingrédients présents dans le produit cosmétique. C’est la “carte d’identité” de sa formule.
Privilégier un label bio reconnu (Cosmos, Ecocert) : le triclosan, certains phtalates et parabènes à longue chaîne y sont systématiquement exclus.
Garder un déodorant simple pour le quotidien et Réserver les antitranspirants pour une occasion rare où la transpiration doit vraiment être maîtrisée à 100%.
Voilà plusieurs années que je m’interroge sur les déodorants du commerce parce que certains me provoquent rougeurs et irritations, jusqu’à parfois créer un gonflement des ganglions.
Un jour, par hasard, je suis entrée dans une boutique de produits artisanaux destinés au soin et à la toilette du corps. Il y avait un déodorant naturel fabriqué à base d’argile, graisses végétales et huiles essentielles. J’ai testé ce produit plusieurs mois et comme j’en ai été hyper satisfaite, j’ai poussé mes recherches à partir du contenu indiqué sur l’étiquette du produit puis j’ai décidé de fabriquer et tester une recette à peu prés similaire.
Comme j’aime partager, voici cette recette de déodorant ! Il neutralise les mauvaises odeurs sans museler la parole du corps et prend soin sans contraintes. Le résultat donne une pâte fondante à base d’argile, de beurres végétaux et d’huiles essentielles choisies pour leurs propriétés réelles et pas seulement pour leur parfum. Je vous explique tout en détails…
De l’argile blanche kaolin pour absorber l’humidité en douceur, sans assécher la peau ni obstruer les pores. C’est elle qui assure la fraîcheur sans bloquer la circulation naturelle de la transpiration.
Du beurre de cacao et de l’huile de coco pour apporter l’onctuosité… vous savez, cette texture qui glisse sur la peau sans laisser de film gras ! et qui prend soin d’une zone souvent fragilisée par les rasages et les frottements. Le cacao a un avantage pratique précieux : naturellement ferme, il structure la pâte à lui seul, sans avoir besoin d’une cire végétale supplémentaire.
de la fécule de maïs qui joue un rôle discret mais précieux : elle absorbe le surplus d’humidité et évite ces traces blanches qu’on retrouve trop souvent sur les vêtements sombres.
Des huiles essentielles : palmarosa, lavande vraie, géranium rosat, cèdre de l’Atlas. Elles agissent là où ça compte vraiment => sur les bactéries responsables de la mauvaise odeur ! Le palmarosa assainit en douceur avec sa note florale-rosée, la lavande apaise et répare, le géranium rosat régule les sécrétions tout en complétant cette même famille olfactive, et le cèdre fixe l’ensemble dans un sillage boisé et chaleureux.
Et puis il y a ce que cette formule ne contient pas : pas de bicarbonate de soude ! Parce qu’on le retrouve dans la majorité des recettes maison, mais il alcalinise fortement le pH cutané et provoque, chez de nombreuses personnes, des irritations chroniques comme des rougeurs, démangeaisons, sensation de brûlure. Une peau respectée commence par le respect de son équilibre acide naturel.
Cette recette de base a été pensée pour être la plus simple à se procurer, mais elle reste personnalisable. Plus bas, je vous propose des options possibles, pour la texture, le parfum, ou pour ajuster les propriétés selon vos préférences.
Pour environ 50 g de pâte
Faites fondre au bain-marie, à feu très doux, le beurre de cacao et l’huile de coco. Retirez du feu dès que tout est liquide et ne laissez jamais bouillir.
Laissez tiédir le mélange jusqu’à environ 35-40°C : encore liquide, mais supportable au toucher. C’est une étape qu’il ne faut surtout pas sauter car les huiles essentielles ajoutées trop chaud perdent une partie de leurs vertus en s’évaporant.
Tamisez l’argile et la fécule sur le mélange tiède, puis mélangez vigoureusement jusqu’à obtenir une pâte homogène, sans grumeaux.
Ajoutez les huiles essentielles et la vitamine E, mélangez à nouveau, puis versez dans un petit pot en verre ou en fer. Laissez refroidir à température ambiante pendant une heure, puis trente minutes au réfrigérateur pour que la pâte se fige sans bulles.
Prélevez une noisette de pâte et réchauffez-la quelques secondes entre les doigts : elle fond légèrement à la chaleur de la peau. Puis appliquez sur une peau propre et sèche des aisselles. Patientez une à deux minutes avant de vous habiller.
A noter !
Un patch-test sur le pli du coude, 24 heures avant la première utilisation, reste indispensable comme pour tout soin contenant des huiles essentielles.
Trois mois à température ambiante, six mois au réfrigérateur. Pour l’emballage, un simple pot en verre récupéré suffit… la nature n’a jamais eu besoin de plastique pour être généreuse !
→ Argile rose ou argile rhassoul
Profil tout aussi doux, bien tolérées par les peaux sensibles. Disponibles dans la plupart des magasins bio à défaut du kaolin pur.
→ Fécule de maïs seule, en proportion doublée
C’est une solution de dépannage : moins absorbante pour les odeurs, mais qui assure tout de même la texture et l’effet anti-traces.
→ Beurre de karité brut non raffiné
L’option la plus connue en cosmétique maison, elle a une texture plus onctueuse, presque inodore. Moins ferme que le cacao : si vous le choisissez, ajoutez 2 g de cire de candelilla (voir ci-dessous) pour que la pâte tienne bien à température ambiante.
→ Beurre de mangue
Texture soyeuse, quasi inodore. Comme le karité, à associer à une cire pour une bonne tenue.
→ Cire de candelilla, 2 g
À ajouter uniquement si vous remplacez le cacao par un beurre plus mou (karité, mangue). Avec le cacao, elle est inutile car la formule de base est suffisamment ferme.
→ Cire de carnauba, 1,4 g
Plus dure que la candelilla : réduire la quantité d’un tiers pour ne pas obtenir une pâte trop ferme.
→ Cire d’abeille, 2 g
Peut se trouver localement auprès d’un apiculteur. Elle est très efficace, mais non compatible à une formule végane.
Quelle que soit la combinaison choisie, gardez le même total : 22 gouttes pour 50 g de pâte, jamais plus de 2 %. Et si une odeur en particulier reste désagréable même en petite dose, mieux vaut la retirer complètement car l’équilibre recherché se définit dans la tolérance olfactive de chacun.
option possible ou pour l’odeur…
→ HE Lavandin
Profil olfactif très proche, propriétés apaisantes légèrement moins marquées, souvent plus abordable.
option possible ou pour l’odeur…
→ HE Vétiver
Note boisée plus terreuse et profonde, excellent fixateur de parfum.
→ HE Bois de Hô
Plus douce et légèrement florale, bien tolérée, sillage boisé discret.
→ HE Géranium bourbon
Note plus citronnée-rosée, souvent moins chère, propriétés très proches.
→ HE Ylang-ylang
Profil floral plus enveloppant et sucré, à utiliser à dose réduite (2 gouttes), son parfum est très présent.
→ HE Sauge sclarée (Salvia sclarea) à ne pas confondre avec la sauge officinale
La sauge sclarée offre une note chaude, légèrement musquée et florale qui s’intègre très bien dans un accord boisé-floral (cèdre, géranium, palmarosa). Elle est régénérante cutanée et possède une légère action régulatrice sur les sécrétions, ce qui est intéressant dans un déodorant. À utiliser à 2-3 gouttes en remplacement partiel du géranium ou du cèdre.
Pourquoi pas la sauge officinale ? Son huile essentielle contient jusqu’à 35 à 60 % de thuyone, une cétone neurotoxique et abortive. Même à faible dose, une application cutanée quotidienne sur la zone axillaire (peau fine, ganglions proches) présente un risque disproportionné. Elle est formellement déconseillée en usage cosmétique régulier.
Précautions sauge sclarée : déconseillée aux femmes enceintes et allaitantes (action oestrogen-like), aux personnes ayant des antécédents de cancers hormonaux-dépendants (sein, endomètre, ovaires), et aux enfants de moins de 12 ans. En cas de doute, demander l’avis d’un professionnel de santé ou d’un aromathérapeute qualifié.
→ HE Tea Tree
C’est l’huile la plus utilisée dans les déodorants naturels du commerce, très efficace contre les bactéries responsables des odeurs, mais son odeur médicinale et camphrée ne plaît pas à tout le monde. À tester avant d’en faire son choix définitif.
→ HE Litsée citronnée
Anti bactérienne et fraîche, note citronnée légère. Éviter en cas de peau très sensible, car elle peut être irritante à dose élevée.
→ HE Ravintsara
Anti bactérienne et virucide, odeur fraîche et rappelant l’eucalyptus, bien tolérée par la majorité des peaux.
→ HE Eucalyptus globulus
Anti bactérienne grâce au cinéole (ou eucalyptol), la molécule aromatique qui lui donne sa note fraîche et « pharmacie » caractéristique, et surtout très rafraîchissante, un profil « forêt après la pluie ». Déconseillée pendant la grossesse, l’allaitement et chez les jeunes enfants.
→ HE Eucalyptus globulus à la place du Palmarosa + 1 à 2 gouttes d’HE Menthe poivrée en plus.
L’eucalyptus assainit et rafraîchit, la menthe poivrée ajoute cette sensation glaçante immédiate au contact de la peau (le menthol active les récepteurs au froid). C’est exactement la signature olfactive et sensorielle de nombreux déodorants naturels du commerce.
Vigilance sur cette variante : la menthe poivrée est une huile essentielle puissante, qui peut devenir irritante voire neurotoxique à dose excessive —> ne jamais dépasser 1 à 2 gouttes dans cette formule, et toujours dans la limite globale de 22 gouttes pour 50 g de pâte.
Comme l’eucalyptus, elle est déconseillée pendant la grossesse, l’allaitement, et chez les enfants en bas âge. En cas de doute, mieux vaut s’abstenir de cette variante et garder la formule de base.
Écrit avec la terre, le végétal et la patience
Soin fait maison / Naturopathie