Quand le climat nous parle

Une vision globale pour prendre soin de soi et du vivant

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Cet article est une réflexion en tant que naturopathe et cheffe cuisinière éco-responsable, habitante d’un territoire que j’aime profondément, et qui est particulièrement touché par les effets climatiques depuis quelques années.

La Drôme, ce département que beaucoup décrivent comme un havre de nature, de douceur, de biodiversité, a encore été secouée ces derniers jours par de violents feux de forêt à Die. Voir les colonnes de fumée au loin, sentir l’odeur âcre jusque dans mon village pourtant situé à plusieurs dizaines de kilomètres, entendre les habitants parler d’évacuation ou de vigilance, voir défiler sur les réseaux sociaux des images d’embrasement continu… tout cela crée une fissure dans notre quotidien. Une fissure qui, si on l’écoute, nous raconte quelque chose d’essentiel : le changement climatique n’est plus une abstraction. Il est là, chez nous, dans nos vallées, nos forêts, nos villages, notre quotidien un peu plus dur chaque année.

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La Drôme brûle

Comprendre, Ressentir, Agir


Un territoire sous tension climatique

La Drôme est un département de transition : entre montagne et Méditerranée, entre influences alpines et sécheresses provençales. Ce positionnement, autrefois une richesse, devient aujourd’hui un facteur de vulnérabilité face au changement climatique.

– Des étés plus chauds et plus longs
– Des périodes de sécheresse plus intenses
– Des vents plus violents
– Une végétation stressée, inflammable, fragilisée

Les feux de Die ne sont pas un accident isolé. Ils sont le symptôme d’un système qui s’échauffe, s’assèche, se dérègle.


Quand le climat nous parle

En naturopathie, on dit souvent que le corps envoie des signaux avant de s’effondrer. La planète fait exactement la même chose. Les incendies, les canicules, les pénuries d’eau : ce sont des signaux d’alarme physiologiques, à l’échelle du vivant.

Depuis bientôt vingt ans que je vis sur ce territoire, j’ai vu ces changements à mon humble niveau. Dans mon jardin, autrefois, quand je soulevais une pierre, je tombais souvent nez à nez avec un scorpion noir. Le jour où cela n’est plus arrivé, j’ai découvert que nos murs s’étaient couverts d’un petit animal typique du bord méditerranéen : le gecko fait désormais partie de la faune de nos jardins, alors qu’on n’en voyait jamais autrefois.

Chaque année, un essaim d’abeilles s’installait dans le mur d’une maison voisine ; depuis deux ans, plus rien. Les abeilles elles-mêmes se raréfient au jardin : je ne les vois plus qu’au printemps, sur l’olivier en fleurs. Ensuite, plus rien, car il fait trop chaud, et je ne compte plus les cadavres au sol. En revanche, une nouveauté inquiétante : l’année dernière, fin d’été, nous avons été envahis par une nuée de frelons asiatiques, attirés par les raisins de la vigne adossée au mur d’une bâtisse de mon jardin.

Je poursuis : Notre village a la chance d’avoir une série de nids d’hirondelles sur le mur d’une maison voisine, et une volée de martinets qui tournent au-dessus des toits, au centre du village. Cette année a été une véritable hécatombe pour ces oiseaux : des dizaines de bébés hirondelles retrouvés morts au sol, ainsi que plusieurs martinets adultes tombés à terre. Cette situation est nouvelle, et totalement liée à la canicule. Nous avons donc remis en place plusieurs abreuvoirs dans le jardin, pour aider au moins les petits oiseaux à s’hydrater.

Cette année, ce genre d’hécatombe touche la France entière, et les associations qui recueillent et soignent la faune sauvage en difficulté sont débordées. Mon fils a été bénévole actif dans l’une d’elles : je sais à quel point ce travail discret, et le plus souvent invisible, est précieux en ce moment.

On continue ? Certaines variétés de plantes ne tiennent plus le choc, ni au jardin ni au potager. Les tomates et les aubergines stoppent leur croissance quand leurs fleurs n’ont pas brûlé au soleil. Nous avons pourtant choisi des variétés issues de graines paysannes locales. Mais la croissance est lente, car les plants se mettent « en sécurité » pour réduire leur déshydratation et rester en vie. Nous avons donc décidé de planter un nouvel arbre à l’automne, pour créer davantage d’ombre et faire baisser la température au sol ; le choix de l’essence se portera évidemment sur une variété qui supporte les fortes chaleurs. Mais que va devenir notre érable boule, planté il y a dix-sept ans ? On voit qu’il lutte contre la chaleur : nous l’arrosons régulièrement au pied pour le soutenir, alors même que son feuillage subit les brûlures du soleil. Combien de temps va-t-il tenir ?


La question de l'eau

L’eau, elle aussi, nous parle. L’été dernier, la Drôme et plusieurs de ses affluents se sont retrouvés à sec, ravivant les tensions autour des prélèvements agricoles et la question de qui a le droit de puiser, et combien. 

Je n’ai pas de réponse simple à apporter à ce débat, et je ne suis moi-même pas exemplaire : j’alimente un petit bassin avec l’eau de mon puits, pour nous rafraîchir en famille. Cette année, même cette eau-là ne reste plus claire bien longtemps, tant il fait chaud et il n’est pas question d’utiliser des produits chimiques dans mon petit havre de paix. 

Je le dis sans fierté ni honte : personne, moi la première, n’a les mains parfaitement propres dans cette transition. C’est bien pour cela qu’il ne s’agit pas de désigner untel ou untel comme coupable, mais d’apprendre, ensemble et à tous les niveaux, à identifier les problèmes liés à la gestion de l’eau et à la consommer avec plus de justesse. 

Cela passe aussi par le choix des cultures : rester plus prudents avec celles qui sont gourmandes en eau, comme le maïs. Les bassines, qui captent et stockent massivement l’eau des nappes phréatiques pour irriguer ce type de cultures intensives, me semblent à ce titre une totale hérésie : un pansement technique qui aggrave le problème au lieu de le résoudre, et qui prive à terme tout le monde d’une ressource qui devrait rester commune. 

Peut-être faudrait-il plutôt repenser nos modes de culture, avec des surfaces plus diversifiées et moins étendues, un retour aux bocages, ou des alternatives comme les forêts comestibles, pour recréer de l’ombrage sur des sols devenus fragiles. Un retour aussi aux graines paysannes, et une sortie du fameux « catalogue officiel » qui contraint les paysans à des variétés standardisées et à un usage massif de produits phytosanitaires. Le chemin existe, les solutions aussi : il s’agit de savoir vers quoi nous voulons aller, ensemble. Réguler avec sens, ou continuer d’abuser pour enrichir toujours davantage une poignée de personnes déjà largement pourvues, au détriment de la planète et du reste de l’humanité ?

Et l'humain dans tout ça ?

On nous l’a assez répété durant la vague de canicule de ces derniers jours : nous sommes en danger et le pire est à venir. Ce que je décris ici a un nom : l’éco-anxiété, parfois la solastalgie : ce chagrin particulier que l’on ressent en voyant se transformer, sous nos yeux, nos lieux de vie ou ceux que l’on aime. Le nommer n’est pas une faiblesse ; c’est déjà un premier pas pour ne pas s’y laisser submerger. Comme la nature qui nous entoure, si nous ne prenons pas soin de nous, si nous ne régulons pas notre stress, notre alimentation, notre rythme, nous devenons nous aussi inflammables, vulnérables, épuisés. Et au-delà des signaux les plus visibles, d’autres méritent d’être pris en compte.Prendre soin de soi n’est donc pas un acte égoïste. C’est un acte de pleine conscience et un acte écologique.

  • Mieux dormir → une meilleure capacité à agir.
  • Mieux manger → moins de dépendance aux systèmes industriels destructeurs.
  • Mieux respirer → plus de clarté pour faire des choix.
  • Mieux s’écouter → plus de cohérence dans nos engagements.
  • Mieux se relier aux autres → plus de solidarité, moins de solitude.

Lorsqu’on mange des produits bruts et de saison, qu’on a un sommeil de qualité et des moments de récupération, le corps s’adapte mieux aux fluctuations des températures. En ce sens j’ai d’ailleurs écrit un ebook « L’été en pleine énergie » qui propose des conseils et des recettes pour conserver un équilibre durant cette période. Mais s’adapter à une canicule demande énormément d’effort au corps et au cerveau, or si on n’ajuste pas notre rythme d’activité et de vie social les signaux sont immédiats et peuvent être délétaires chez les personnes sensibles (enfants, séniors, personnes malades…).

Les scientifiques ont déjà clairement mesuré cet impact sur notre santé ainsi que celle de la planète et lancent des appels au changement depuis plus de cinquante ans. Les collapsologues ont également proposé des solutions réalisables avant de dépasser les limites vivables. Mais les choix politiques sont encore très loin d’un système de société adapté et cela commence à se voir, particulièrement en été où la chaleur touche les plus démunis. 

Il n’a jamais été prouvé que se délester de toutes charges d’empathie et de soutien moral aidait à mieux vivre et se sortir des situations de tension. Or nous assistons à une valorisation de l’individualisme assez marquée depuis quelques années. Je crois qu’on se maltraite en maltraitant les autres et la nature.

Car oui, prendre soin de soi, c’est aussi prendre soin du lien social. En période de canicule, ce sont souvent les personnes seules et les plus âgées qui souffrent en silence, faute d’un voisin qui pense à passer un coup de fil ou à proposer un peu de fraîcheur. Dans mon village, plusieurs associations se mobilisent justement pour accompagner les seniors, isolés ou pas. C’est un exemple parmi tant d’autres de ce que la proximité peut changer.

Autre exemple ? Ce printemps, avec des voisins, nous avons organisé un repas partagé : chacun apportait quelque chose à manger ou à boire, sa bonne humeur, et un instrument pour ceux qui savent en jouer. Rien de plus simple, et pourtant : cela a créé des rencontres entre personnes qui ne se connaissaient pas, vivant pourtant à quelques mètres l’une de l’autre.

Il ne s’agit pas d’être naïf et imprudent, mais dans un monde où on nous répètent sans cesse (particulièrement depuis la crise covid !) qu’il faut se méfier d’autrui, recréer des occasions de croiser son voisin me semble une réponse aussi essentielle que planter un arbre ou économiser l’eau. Parce que dans un monde qui se perd, si nous ne sommes plus capable de contact et d’entre aide, c’est la fin de tout.

Tout cela est essentiel, et il est évident que le soin individuel nourrit aussi le soin collectif. Pourtant, est-ce suffisant ?


Mon regard de maman qui devient senior : l’inquiétude et l’élan

En avançant dans la vie, en voyant mes enfants devenus adultes, je me surprends à penser différemment. Je ne me demande plus : « Que vais-je leur transmettre ? »
Je me demande : « Dans quel monde vont-ils vieillir ? Et les enfants à venir ? »

Cette question n’est pas confortable. Elle pique, elle dérange, elle réveille. Mais elle ouvre aussi un espace d’élan : celui de vouloir protéger, préserver, réparer, accompagner.

Certes, nous ne pouvons pas tout faire et nous ne pouvons pas tout changer. Mais nous pouvons choisir de ne pas détourner le regard.

La Drôme brûle, mais elle respire encore


L'effort individuel :
dérisoire ou indispensable ?

En tant que cheffe cuisinière éco-responsable, je vois chaque jour des personnes qui font des efforts : choisir local, réduire les déchets, cuisiner végétal, soutenir les producteurs, consommer moins mais mieux.

Et pourtant, face à l’ampleur des incendies, des sécheresses, des rapports scientifiques, ces gestes peuvent sembler dérisoires. Une goutte d’eau dans un océan de décisions politiques qui tardent, d’inaction gouvernementale, de stratégies qui ne suivent pas l’urgence.

Quand on s’intéresse aux travaux scientifiques et à la pensée collapsologue, on comprend qu’il est urgent de changer notre modèle de société. Ce qui pouvait sembler acceptable autrefois ne l’est plus aujourd’hui, et devient même dangereux. Pourtant, cette goutte d’eau, portée par des milliers de mains, devient un courant. Un courant qui influence les territoires, les entreprises, les élus, les normes.

L’effort individuel n’est pas la solution unique. Mais il est le socle culturel qui permet aux solutions collectives d’exister.


Réenchantons notre quotidien

Nous avons aussi besoin de poésie. D’un discours qui réenchante notre quotidien, au travers ses fissures. De projets à bâtir ensemble, à hauteur d’humains, dans un contexte qui va se complexifier.

Être réaliste en poésie, ce n’est pas être défaitiste : c’est regarder le monde tel qu’il est, pour mieux choisir comment agir. Il est encore temps. Alors faisons-le, ensemble.

C’est modestement à cela que j’essaie de contribuer, à travers mes cours de cuisine, mes repas partagés, mes accompagnements en naturopathie : recréer, à mon échelle, du lien, de la douceur, du sens et de la beauté dans nos gestes quotidiens.


Construire un nouvel horizon ensemble

Ce qu’il nous faut retrouver, c’est le lien que nous avons perdu avec la nature et nous-même. Ce qu’il nous faut reconsidérer, ce sont nos urgences, nos valeurs et la place que nous laissons à l’individu au sein de la communauté et celle de l’humain au sein de l’environnement.

Un appel à unir nos gestes, même modestes, pour créer une dynamique collective ancrée dans le respect du vivant. Un appel à soutenir les initiatives locales : les jardins partagés, les associations qui soignent la faune sauvage, les groupements de producteurs, les semenciers paysans sont de simples exemples, que j’ai soit expérimenté ou avec qui j’ai pu échanger personnellement ou travailler dans le cadre de mon activité professionnelle.

Il y a aussi les appels à encourager les élus qui osent agir avec lucidité (pas ceux qui préfèrent agiter la peur et désigner de faux ennemis). Un appel à nous regarder les uns les autres avec bienveillance, parce que nous traversons tous la même époque, avec des peurs et des responsabilités. Prendre de la distance avec ceux qui n’ont que haine et violence dans les mots et les gestes.


Un appel à prendre soin de soi pour mieux prendre soin du monde.

Les feux de Die nous rappellent que notre territoire est fragile. Mais ils nous rappellent aussi que nous sommes nombreux à l’aimer, à le cultiver, à le défendre.

Le changement climatique n’est pas une fatalité. C’est un appel à l’action, même s’il est déjà tard.

Mais attention à ne pas nous tromper de combat. Ce changement ne se fera pas en cherchant des coupables, en pointant du doigt, en cédant à la tentation du bouc émissaire pour maintenir artificiellement en vie un système à bout de souffle. Les discours de repli et de division, portés par les mouvances qui instrumentalisent le rejet de l’autre, l’autoritarisme et la défiance envers la démocratie, ne répondent à aucun des besoins réels de l’humanité, ni de la nature dont nous faisons partie intégrante. Ce ne sont pas des solutions : ce sont des fuites en avant qui nous détournent de l’urgence.

Ce qu’il nous faut retrouver, c’est le lien que nous avons perdu avec la nature et nous-même. Ce qu’il nous faut reconsidérer, ce sont nos urgences, nos valeurs et la place que nous laissons à l’individu au sein du collectif.

La Drôme est un territoire de résilience. Et nous le sommes aussi.

Humeur de contexte climatique en alerte

Éveilleuse de Nature Juillet 2026

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