"La cinquième Saison"

Trouver l'équilibre avant le renouveau du printemps

Nous vivons dans un monde de plus en plus rapide et déconnecté de la nature. Nous mangeons hors saison, peu varié, trop de plats industriels, des produits raffinés et des intrants chimiques ainsi que des sucres cachés. Après cela, on fait des régimes ou des cures n’importe quand et hors de propos… qui nous déséquilibrent davantage. Et tout cela dans un environnement pollué, une vie et une ambiance stressantes, qui finissent par nous rendre chaque jour un peu plus malade.

Avec l’arrivée du printemps, (parfois même juste après les fêtes de fin d’année !) on a tous envie de (vite !) reprendre des habitudes de mouvement, mais c’est sans compter le vrai rythme des saisons.

Non… on ne plonge pas dans le printemps au moment des nouvelles résolutions de l’année, ni aux premiers bourgeons ou au premier chant d’oiseau. Parce qu’après l’hiver et avant le printemps, il y a un temps de transition essentiel, nommé « cinquième saison ».

Je vous propose ici quelques conseils généraux (à adapter à votre terrain vital si vous le connaissez) pour éviter de faire trop tôt ce qui ne devrait pas encore l’être. Je vous invite surtout à écouter votre propre rythme naturel, en lien avec celui de la nature.

Qu'est-ce que la cinquième saison ?

Entre la fin de l’hiver et l’arrivée franche du printemps, il existe une période subtile et pourtant essentielle : la cinquième saison.

Du point de vue de la naturopathie, c’est une période où le corps quitte progressivement la lenteur hivernale pour s’ouvrir à une énergie plus ascendante, plus mobile. Et ce temps où le corps s’habitue à un nouveau rythme, ne se fait pas en 3 jours.

En Médecine Traditionnelle Chinoise, cette phase est reliée à l’élément Terre (celui de la Rate et de l’Estomac) au cœur de notre digestion, de notre vitalité et de notre stabilité. Cela signifie qu’il faut la soutenir pour l’aider à rééquilibrer notre système digestif.

Pour tous les cuisinier.e.s c’est aussi un moment de transition et un vrai défi créatif parce que la nature est encore dans une fin de cycle, avec de moins en moins de produits hivernaux et pas encore toute la richesse printanière. Mais il y a de merveilleuses recettes gourmandes à réaliser lorsqu’on s’en donne la peine. C’est d’ailleurs le sujet de mes cours de cuisine sur cette période si particulière !

À quel moment se situe exactement cette période ?

En France, notre climat est tempéré ; cette période se situe généralement de fin février à début avril, avec un cœur de transition autour du mois de mars. Mais plus que des dates fixes, c’est une période qui se ressent.

Vous êtes encore en « sortie d’hiver » si vous ressentez le besoin de plats chauds, si les matinées sont froides ou humides, si la digestion est lente ou sensible, ou si l’énergie est encore fluctuante.

Vous entrez progressivement dans le printemps quand l’envie de fraîcheur apparaît naturellement, que vous ressentez plus d’élan et de légèreté, que les premières pousses vertes arrivent dans l’assiette et que le corps demande davantage de mouvement.

Parfois, l’hiver est long. D’autres fois, il est précoce. L’idée est simple : ne pas anticiper le printemps, mais l’accompagner et réapprendre à ressentir.

Pourquoi cette période est-elle importante ?

Juste après l’hiver, le corps peut être au ralenti, épuisé, frileux, parfois chargé après l’alimentation plus riche de l’hiver, plus de cocooning et moins de mouvement.

Ce n’est pourtant pas encore le moment de « faire une détox ». Avant d’éliminer, le corps a besoin de se rééquilibrer, de se réchauffer, de retrouver une digestion efficace et de stabiliser son énergie. C’est dans cet ordre-là que les choses se font.

Plutôt que de brusquer le corps, cette période nous invite à revenir à l’équilibre, en préparant le terrain en douceur avant la régénération printanière.

Voyons maintenant ce que cela change concrètement dans notre assiette…

L'alimentation de la cinquième saison

Privilégier le chaud et le cuit

Le système digestif fonctionne mieux quand on lui donne de la chaleur. Durant cette période transitoire, où la Rate a besoin d’être soutenue, trop de froid ou de cru demande trop d’énergie à et fatigue le système digestif. On se tourne donc naturellement vers les soupes, bouillons, légumes vapeur ou mijotés, et les céréales chaudes comme le riz, le millet ou l’avoine.

Miser sur la douceur naturelle

La saveur douce nourrit et soutient la Rate. On va donc chercher à la stabiliser sans l’alourdir, avec des légumes racines (carotte, panais, patate douce), des céréales complètes (trempées avant cuisson), des légumineuses bien préparées pour éviter les fermentations et on privilégiera les pommes ou poires cuites.

Introduire le vert progressivement

Le printemps approche, et avec lui le besoin de mouvement. On fait des cueillettes sauvages ou on trouve les premières pousses sur les étals du marché. On peut aussi faire ses propres graines germées ou jeunes pousses. Doucement : jeunes pousses (alfalfa, blé, fenugrec…), épinards, herbes fraîches (romarin, laurier, ciboulette, cerfeuil) et les premières plantes sauvages (pissenlit, ortie, cresson, plantain, ail des ours…)

Ajouter des touches qui relancent

L’objectif est de remettre en circulation sans brusquer. Un peu d’acidité (citron, vinaigre doux de pomme), des aliments lacto-fermentés (légumes fermentés, kéfir, kombucha) et des épices doucement réchauffantes comme la cannelle, la cardamome, le cumin, le gingembre ou le fenouil facilitent la digestion et accompagnent ce retour progressif à la vie.

Et le plaisir dans tout ça ?

Il reste bien sûr essentiel ! Et la cinquième saison n’est pas une restriction, mais une période de transformation où on privilégie des desserts plus simples avec des compotes, crèmes végétales, granolas, gâteaux réajustés et peu sucrés, ainsi qu’une cuisine chaleureuse mais plus légère…

C’est un joli défit de cuisinier de mettre les saveurs naturelles en valeur pour apporter plaisir et douceur. D’ailleurs, je propose plusieurs cours de cuisine et pâtisserie, tout à fait gourmands durant cette période !

Les erreurs fréquentes à cette période ?

Se lancer dans une détox avec des cures de jus, des monodiètes strictes et jeûnes prolongés. Ce n’est pas encore le bon moment. La digestion est encore fragile et une détox mal placée peut entraîner de la fatigue, des troubles digestifs et des déséquilibres alimentaires.

On évite aussi ce qui favorise la lourdeur et la stagnation. Pas de sucres raffinés, pas de produits laitiers en excès (surtout de vache !), pas de fritures et plats très gras, ni charcuteries, ni alcool. Trop de crudités trop tôt, c’est aussi fatiguant pour l’organisme.

Hygiène de vie et Thérapies corporelles

Bouger en douceur

On relance sans épuiser. La marche, les étirements, un yoga doux, une reprise progressive du mouvement. Voilà ce qui convient à cette période. Pour accompagner naturellement l’énergie montante du printemps, on sort quotidiennement, on profite de la lumière naturelle et on respire profondément.

C’est aussi une période idéale pour réajuster ses habitudes : rééquilibrer son rythme de vie, manger en pleine conscience, être à l’écoute de ses sensations.

On pense au drainage mais on y va progressivement : tisanes dépuratives légères (ortie, pissenlit, romarin), soutien hépatique en douceur, hydratation et mouvement. On évite absolument les cures intensives et les protocoles trop stimulants.

Du côté des pratiques corporelles, l’objectif est toujours le même : remettre en circulation sans épuiser. Yoga avec des torsions douces (excellent pour le Foie), Qi Gong, étirements, marche active.

La question à toujours se poser : Est-ce que ça me nourrit, ou est-ce que ça me vide ?

Les thérapies corporelles en douceur

Cette période est idéale pour accompagner le corps à travers des approches douces. Les massages (drainants, relaxants, énergétiques) favorisent la circulation, soutiennent l’élimination douce et relâchent les tensions accumulées de l’hiver : Massage à l’huile tiède, drainage lymphatique doux, auto-massages de type Abhyanga, brossage à sec.

L’ostéopathie est particulièrement pertinente en sortie d’hiver, surtout quand le corps est « figé » ou après une période de fatigue intense : elle aide à relancer la mobilité globale, soutient les fonctions digestives et libère les zones de stagnation.

La cinquième saison est une invitation à la douceur

La cinquième saison n’est pas une phase d’élimination forte. C’est une période de remise en mouvement, de rééquilibrage, de préparation au printemps.

Stabiliser avant d’alléger, réchauffer avant de rafraîchir, nourrir avant de détoxifier. En respectant cette transition, le corps pourra accueillir pleinement l’énergie du printemps… et sa capacité naturelle de régénération.

Prendre soin de cette période, c’est offrir à votre corps un passage en douceur et poser les bases d’une vitalité durable.

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